Le DP raconté par Isabelle Adenot

Isabelle Adenot, Président / Photo JC Leroy

« Le Dossier Pharmaceutique (DP) est un outil professionnel qui est devenu essentiel et incontournable parce qu’il répond aux grands enjeux sanitaires actuels : le bon usage du médicament, la coordination entre professionnels de santé, le décloisonnement ville-hôpital, les gestions de crises sanitaires, les ruptures d’approvisionnement, l'amélioration de la couverture vaccinale... Il témoigne de la volonté des pharmaciens de contribuer concrètement à résoudre des problèmes de santé publique. »

Isabelle Adenot, Président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens

 

Comment est né le Dossier Pharmaceutique ?

Le DP est né d’une évidence : mettre les technologies au service de la sécurité des patients en donnant au pharmacien une vue globale des traitements pour améliorer les performances de son exercice. Il découle de l’inscription du Dossier médical personnel (DMP) dans la loi du 13 août 2004, et d’une ambition de l’ensemble de la profession. Après l’échec du carnet de santé, créé en 1996 et finalement non utilisé, j'ai très vite compris que le DMP ne prenait pas non plus suffisamment en compte les pratiques professionnelles. J’ai donc très vite eu la conviction qu’il fallait créer un dossier électronique adapté à l’exercice des pharmaciens : le Dossier Pharmaceutique.

Sous l’autorité du président de l’Ordre, conseillers et directions de l’Ordre se sont mobilisés. En interne, une nouvelle direction composée de professionnels des systèmes d’information, entièrement dédiée au DP, a été créée. Et, en septembre 2005, par une délibération du Conseil national de l’Ordre, le Dossier Pharmaceutique est né… sur le papier. A suivi un autre long travail collectif pour affiner la solution technique, persuader les pharmaciens et définir le modèle économique. À titre personnel, en sus d’une conviction profonde et d’un travail intense, le DP, ce furent des milliers de kilomètres parcourus aux quatre coins de la France et le sujet de ma thèse d’exercice soutenue en 2005.

Consécration de ces efforts collectifs, la loi du 30 janvier 2007 confie à l’Ordre la mise en œuvre du DP. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) autorise la généralisation du déploiement le 2 décembre 2008 et le décret relatif au DP est publié le 15 décembre 2008 au Journal officiel.

Comme dans tout projet de cette envergure, comme dans toute aventure humaine, nous avons connu des moments d’incertitude, voire de découragement, mais nous avons toujours gardé le cap, persuadés de l’intérêt de santé publique de ce DP. À chaque étape importante, il y a eu aussi des moments de joie intense, celle des équipes qui savent qu’elles ont relevé les défis. 

Comment percevez-vous le déploiement rapide du DP ?

Le DP est le succès de toute une profession. Sans cette ambition collective, le DP serait resté à l’état d’idée ! En adoptant le DP, les pharmaciens ont montré leur volonté d’améliorer encore et toujours le bon usage du médicament. Certes, ce bon usage est l’essence même de l’activité du pharmacien, mais en s’attachant à développer aussi vite cet outil auprès de la population française, la profession, dans son ensemble, témoigne de son rôle d’acteur de santé publique et de sa contribution à l’amélioration du système de santé.  Aujourd’hui, cet outil professionnel performant est devenu incontournable et reconnu. Le partage d’informations et la coordination des soins sont devenus une réalité.

Mais même si le DP est un outil formidable pour sécuriser la dispensation du médicament, il n’en demeure pas moins qu’il revient au patient et à lui seul de décider s’il souhaite ouvrir un Dossier Pharmaceutique.

Comment a évolué le DP depuis sa création ?

Pour décloisonner la ville et l’hôpital, le DP est maintenant aussi accessible dans les établissements de santé : depuis 2012, aux pharmaciens dans les pharmacies à usage intérieur (PUI) des établissements de santé (déploiement en cours de généralisation) et, depuis 2016, aux médecins exerçant en établissement de santé (en attente du décret d'application).

Depuis 2010, le dispositif sert de relais aux alertes de la Direction générale de la santé (DGS) et de l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) et à l’information rapide sur les retraits de lots de médicaments. À terme, l’objectif est non seulement de retirer rapidement du marché les médicaments qui doivent l’être, mais également de les retirer chez les patients à qui ils ont été délivrés.

Depuis 2011, le DP contribue également à la vigilance sanitaire : les données anonymes du DP sont précieuses, car très réactives. Les autorités sanitaires concernées, nous expriment leurs besoins en la matière.

Après une phase d’expérimentation lancée en mars 2013, le dispositif de signalement des ruptures d’approvisionnement est en cours de généralisation. 

Enfin, depuis février 2015, les durées d’accessibilité et de conservation dans le DP des données relatives à la dispensation des vaccins et des médicaments biologiques ont été allongées.

En quoi le DP s'inscrit-il dans les missions de l'Ordre ?

Trouver des solutions novatrices pour promouvoir la santé publique et sécuriser la chaîne du médicament fait partie des missions de l’Ordre. Aujourd’hui, le DP est un outil précieux au service des patients, un tremplin vers de nouvelles avancées. Il est surtout le signe de la capacité et de la volonté de modernité des pharmaciens.

Date de mise à jour : 07/03/2017