Les grandes tendances de la démographie des pharmaciens au 1er janvier 2016

La démographie des pharmaciens

 

 

Les grandes tendances

Des pharmaciens de plus en plus âgés chez les titulaires d'officine et les biologistes médicaux

La question de l'attractivité de la filière officine

Un taux d'évaporation en hausse et des jeunes plus mobiles

Un maillage territorial préservé pour l'officine

Les tendances par métiers

 

 

Les grandes tendances

 

La Démographie 2015 révèle deux grandes tendances :

  • L'entrée des jeunes pharmaciens compense le décalage de départ à la retraite des anciens ;
  • La concentration du secteur et l'exercice "groupé préserve un maillage territorial de proximité.

Au 1er janvier 2016, on compte 262 pharmaciens de plus (+0,35%) par rapport à 2015. 

Le renouvellement de la profession assuré dans toutes les filières  mais l’attractivité de la filière officine préoccupante au vu du départ à la retraite programmé d’un nombre très important de pharmaciens d’officine (titulaires et adjoints). Ainsi, pour Isabelle Adenot, Président du Conseil National de l'Ordre des pharmaciens : "C’est un signe positif face au vieillissement de la profession" .

Les effectifs des pharmaciens ont légèrement augmenté en 2015, l’entrée de jeunes pharmaciens compensant le décalage de départ à la retraite des anciens. La profession est cependant toujours confrontée à sa moyenne d’âge élevée, notamment des pharmaciens d’officine et des biologistes, ainsi qu’à un taux de diplômés en pharmacie qui ne s’inscrivent pas à l’ordre en forte hausse.

Enfin, la concentration du secteur et l’exercice « groupé » se renforcent, cependant le maillage de proximité est préservé.  

En 2015, avec 74 754 pharmaciens inscrits à l’Ordre, la croissance des effectifs se poursuit : +0,35 %, soit 262 pharmaciens de plus par rapport à 2014. Cette légère augmentation est due au retardement des départs à la retraite des pharmaciens, notamment dans le secteur officinal, secteur qui regroupe 75 % des pharmaciens.

Si l’Ordre enregistre 2 324 nouvelles inscriptions, toutes sections confondues, ce nombre est en baisse de moins de 6,1 % par rapport à l’année précédente.

Un peu plus de 67 % des pharmaciens sont des femmes. La féminisation de la profession n’est pas un phénomène nouveau. Elle est particulièrement marquée dans la section des pharmaciens adjoints (81 %) et celle des pharmaciens hospitaliers (75 %).

Le nombre de pharmaciens salariés reste stable, alors que celui exerçant en libéral affiche un très léger repli. Les effectifs de l’officine et de la biologie médicale diminuent de 0,9 %. Ce recul s’explique par le renforcement de l’exercice « associé » dans le réseau officinal et la poursuite de la concentration des laboratoires de biologie médicale.

 

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Des pharmaciens de plus en plus âgés chez les titulaires d’officine et les biologistes médicaux avec un décalage des départs à la retraite

 

L’âge moyen reste stable (46,6 ans), mais on compte désormais 2 347 pharmaciens âgés de 66 ans et plus, soit une hausse de +9,37 % par rapport à 2014. Cette tranche d’âge représente 3,1 % de la population globale. Au total, près de 39,5 % des effectifs ont 56 ans et plus. Les pharmaciens titulaires et les biologistes médicaux sont toujours les plus âgés avec une moyenne d’âge respective de 50,2 et 49,5 ans. Ce vieillissement de la population devrait ralentir aux alentours de 2021 grâce à deux phénomènes : la génération la plus âgée partira à la retraite et des jeunes pharmaciens arriveront plus nombreux en raison de la réévaluation du numerus clausus depuis 2004.

 

La question de l’attractivité de la filière officine est cruciale pour assurer la relève

 

Si l’on peut se réjouir de la croissance du nombre de pharmaciens hospitaliers et industriels, la question de l’attractivité de la filière officine est cruciale au vu du nombre prévisible de départs à la retraite dans les années à venir.

Pour le Président du conseil national de l’Ordre, Isabelle ADENOT : « On ne peut pas reprocher aux jeunes de se détourner d’une filière quand ils ne savent pas où va leur avenir ! Quelles bonnes pratiques ? Quelles nouvelles prestations ? Quelles modalités d’association ? Quelles règles d’implantation territoriale ? L’heure n’est plus à la réflexion, mais à l’action : la parution des textes[1]  répondant  à ces questions est indispensable pour que les jeunes puissent se projeter dans l’avenir. Partout ailleurs, les pharmaciens d’officine savent quels services pharmaceutiques ils doivent rendre.» Elle poursuit : « Les retards de publication des textes qui concernent la filière officine freinent les initiatives qui rendraient pourtant des services incontestables à la population française. Les pharmaciens d’officine ne peuvent plus attendre. Lasse de demander, j’ai décidé de faire délibérer le Conseil national pour user des voies de recours si les choses n’avancent pas très rapidement. »

Le nombre de pharmaciens d’officine (adjoints et titulaires, métropole et DOM) qui atteindront annuellement 65 ans va fortement augmenter jusqu’en 2021, passant de 597 (2016) à 1 544 (2019), puis à 1 929 (2021). Pourtant, en regard, lorsqu’on examine les choix de filières à l’université, on constate que l’orientation récente des jeunes diplômés se fait de plus en plus au détriment de la filière officine. Seulement 30% des étudiants choisissent actuellement cette filière (auparavant 60 à 70 %).

Afin d’améliorer la perspective du métier officinal et pour que les jeunes s’orientent sans appréhension dans la filière officinale, il est nécessaire  que les textes annoncés paraissent, Dans leur exercice, les pharmaciens d’officine sont fiers d’être des professionnels de santé et veulent vivre de leurs compétences pharmaceutiques, en développant de nouvelles prestations et la pharmacie clinique. Quant aux conditions d’accession à la propriété, les jeunes qui veulent s’installer doivent pouvoir compter sur des nouvelles dispositions (par exemple, 3,5% des SPFPL comportent des pharmaciens adjoints dans leur capital). Les plus jeunes attendent avec impatience les décrets d’application pour entrer dans le capital des officines tout en restant salariés. Les textes attendus :

•  les conseils et prestations destinés à favoriser l'amélioration ou le maintien de l'état de santé des personnes (décret prévu depuis 2009 à l’article L 5125-1-1 du CSP),

•  les Tests Rapides d’Orientation Diagnostique pour le dépistage des maladies (arrêté prévu à l’article 39 de la loi « modernisation de notre système de santé »),

•  l’expérimentation d’entretiens de sevrage tabagique pour les femmes enceintes (décret prévu à l’article 135 de la loi « modernisation de notre système de santé),

•  les Bonnes  Pratiques officinales (arrêté prévu depuis 2007 à l’article  L 5121-5 du CSP),

•  la possibilité pour les pharmaciens adjoints d’entrer dans le capital des officines tout en restant salariés (prévue à l’article 139 de la loi « modernisation de notre système de santé »),

•  les conditions de création, de transfert, de regroupement et de cession d’officines de pharmacie, notamment au sein d’une commune ou de communes avoisinantes, (ordonnance prévue à l’article 204, al 32 de la loi « modernisation de notre  système de santé »),

•  les sociétés interprofessionnelles de soins ambulatoires (SISA) (ordonnance prévue à l’article 204).

 

 

Un taux « d’évaporation » en hausse et des jeunes plus mobiles

 

En 2015, 77,6 % des nouveaux inscrits ont logiquement moins de 30 ans. Mais ce fait ne doit pas masquer une autre évolution préoccupante : Ils sont moins nombreux et on constate une  forte augmentation du taux d’évaporation[2]  des jeunes diplômés. Il atteint 32,8 %, soit 1015 diplômés « évaporés », contre 27,8 % en 2014.

En revanche, les jeunes diplômés sont un peu plus mobiles en 2015 : 58 % s’inscrivent dans la région où ils ont achevé leurs études contre 67 % en 2014. La mobilité est plus forte dans des régions plus petites ou moins denses. Plus de 40 % des jeunes ayant étudié en Bourgogne, dans le Centre ou en Poitou-Charentes, se sont ainsi inscrits dans une autre région.

 

[2]  * Rapport entre le nombre de nouveaux inscrits diplômés depuis moins de trois ans et le nombre de postes ouverts au concours 6 ans plus tôt.

 

 

Un maillage territorial de proximité reste préservé pour l’officine

 

Le réseau officinal de proximité demeure avec 3 943 pharmacies dans les communes de moins de 2 000 hab., 3651 dans les communes de 2000 à 5000 hab.

En proportion, les nouveaux pharmaciens titulaires s’installent à l’identique dans tous les départements, y compris ruraux (en moyenne le taux de renouvellement est de 2,53%). Comparé à la plupart des grands pays de l’Union européenne voisins (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie), la densité en officines au km2 est plus modeste en France, sans pour autant qu’il y ait de désert pharmaceutique.

 

Les tendances par métier

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Les effectifs globaux de pharmaciens salariés se sont stabilisés en raison de la concentration que connaissent tous les secteurs - biologie, officine, industrie, grossistes-répartiteurs, établissements de santé - et du contexte économique difficile. Le nombre d’inscrits à la section H a cependant augmenté de près de 4 %, malgré une stagnation du nombre de pharmacies à usage intérieur (PUI) et une forte croissance du nombre de groupements de coopération sanitaire. Celui-ci est en effet passé de 59 en 2014 à 69 en 2015. Comme les années précédentes l’exercice libéral des pharmaciens titulaires d’officine (-0,9%).

  •  Pharmaciens biologistes - section G
    La baisse des effectifs amorcée en 2009 continue en 2015 avec 7 467 inscrits (-1% par rapport à 2014). Le vieillissement se poursuit avec une augmentation de 9% de personnes de plus de 66 ans. L’âge moyen s’élève à 49,5 ans pour l’ensemble de la profession, mais à 51,4 ans dans le secteur privé. Celui-ci est de plus en plus concentré avec une baisse de 0,2% d'établissements (laboratoires de biologie médicale).
  •  Pharmaciens de l’industrie - section B
    Le nombre des pharmaciens qui y exercent est en légère hausse en 2015 avec 3585 inscrits (+1,9% par rapport à 2014). L'industrie demeure la filière la plus jeune avec une moyenne d’âge de 42,1 ans. Malgré la concentration du secteur pharmaceutique, le nombre d’établissements reste stable depuis cinq ans (820 en 2015). 
  •  Pharmaciens de la distribution - section C  

  La section de la distribution se caractérise également par une baisse de ses effectifs de 2,4% avec 1255 inscrits et par une féminisation (54% de femmes). On compte 558 établissements, chiffre en baisse de 7,5% par rapport à 2014.        La pyramide des âges restent relativement équilibrée.

  • Pharmaciens d’officine
    • Pharmaciens titulaires (section A) : Le nombre de titulaires est légèrement en baisse (-0,9%) avec 27 120 inscrits pour 21 591 officines. En 2015, une pharmacie a fermé tous les deux jours. Par ailleurs, la moyenne d’âge des pharmaciens titulaires reste la plus élevée (50 ,2 ans) alors que les étudiants ne sont plus que 30% à suivre la filière officine (titulaires et adjoints) au cours de leurs études.  Le maillage territorial de proximité reste toujours harmonieux avec 3 943 officines dans les communes de moins de 2 000 habitants, 3651 dans les communes de 2000 à 5000 habitants.
    • Pharmaciens adjoints (section D) : L’effectif des pharmaciens adjoints connaît une progression (+1,3%) avec 27 906 inscrits. Les adjoints restent les plus nombreux.
  •  Pharmaciens des établissements de santé - section H
    La hausse des effectifs se poursuit dans cette section (+3,7%) soit 6991 inscrits dans les établissements publics et les établissements privés. La hausse concerne aussi bien les 4 202 inscrits en établissements publics (+2,6 %) que les 2 377 pharmaciens des établissements privés (+4,7 %) alors que le nombre de pharmacies à usage intérieur (PUI) privées a décru de -1,1 % (1 452). On compte une très légère croissance des PUI publiques de 0,6% (1 075).
  • Pharmaciens de l’outre-mer - section E
    La progression du nombre de pharmaciens d’Outre-Mer est de 0,4% soit 1768 inscrits. Les pharmaciens sont plus nombreux à la Réunion (781), en Guadeloupe (427) et à la Martinique (351). Ils sont 138 en Guyane. La moyenne d’âge est de 45,8 ans.

 

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[1]  Pour application des :

Art. L5121-5 CSP Bonnes pratiques de dispensation (arrêté)

Art. L5125-41 CSP Informations des sites internet de commerce électronique de médicament (décret CE)

Art. L5125-1-1 A 8°) CSP  Mission conseil en santé (décret CE)

Art. L5125-17-1 CSP Entrée des adjoints dans le capital (décret CE)

Art. 204 LMSS 2016-41 du 26 janvier 2016 évolution des règles du maillage (ordonnance)

Date de mise à jour : 19/05/2016