Le médecin de Molière
est un personnage de comédie,
véritable monstre d’ignorance
et de pédantisme. Affublés
de chapeaux pointus posés sur
de lourdes perruques, enveloppés
de longues robes, les médecins
s’appuient sur la doctrine Hippocratique,
procèdent d’après
la méthode dialectique et cachent
leur ignorance dans un jargon incompréhensible.
L’auteur du Malade imaginaire
se moque des médicastres et des
apothicaires et c’est bien normal
car son métier c’est de
faire rire.
Dans les nombreuses farces qu’il
consacre à la médecine,
il fait rire car depuis toujours la
tradition médicale oppose le
rire et donc la comédie à
la mélancolie et à l’hystérie.
Le rire pour faire oublier la détresse,
la peur et l’angoisse de l’homme
face à la mort.
Molière ne croit pas à
la médecine : il n’a pas
confiance en son médecin qui
le soigne et lui promet de vivre encore
longtemps ; il vient de perdre son premier
fils et son meilleur ami ; la Reine
Mère atteinte d’un cancer
du sein en phase terminale subit les
cruelles expériences d’un
médecin empirique.
Vrai malade qui ignore sa maladie, Molière
joue Argan, le faux malade qui transforme
tout en preuve de son mal. C’est
à la suite de la 4e représentation
qu’il meurt prématurément
d’une hémorragie :
…incommodé à
cause d’un rhume et d’une
fluxion sur la poitrine qui lui causait
une grande toux, de sorte que, dans
les grands efforts qu’il fit pour
cracher, il se rompit une veine dans
le corps et ne vécut pas demi-heure
ou trois quarts d’heure depuis
ladite veine rompue…(Registre
de Lagrange)