Tous Pharmaciens La revue n°31 - juillet 2026
JURISPRUDENCE
Condamnation d'un médium énergéticien pour délivrance, à l'insu de ses clients, de médicaments psychotropes
23/07/2026
Jurisprudence
Par jugement du 2 avril 2026, le tribunal correctionnel de Bordeaux a déclaré coupable d’exercice illégal de la profession de pharmacien un individu et l’a condamné à douze mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’à une interdiction d’exercer pendant cinq ans.
L’affaire a débuté en avril 2021, par le dépôt de plainte d’une cliente ayant consulté un individu se présentant comme « médium énergéticien et cartomancien ». Dans sa plainte, elle relatait que, quelques jours après une séance, elle avait été victime d’un accident de la circulation et hospitalisée. Des analyses avaient révélé la présence de benzodiazépines dans son organisme, alors même qu’elle affirmait ne pas en consommer.
Les investigations ont permis d’établir que le médium lui avait remis, lors de la séance, une fiole contenant du lorazépam (Témesta®), anxiolytique inscrit sur la liste I des substances vénéneuses, dont la délivrance est soumise à prescription médicale.
Les experts ont souligné que l’administration d’un tel produit à l’insu d’une personne est susceptible de caractériser une situation de soumission chimique.
L’enquête a ensuite mis en lumière l’activité structurée de l’intéressé, dépourvu de tout diplôme de santé, qui recevait à son domicile des patients à qui il proposait des « soins énergétiques », accompagnés de la vente de fioles prétendument destinées au bien-être, pour un prix compris entre 30 et 100 euros.
Une perquisition réalisée en juillet 2022 a permis la saisie de plusieurs fioles et substances, dont les analyses ont révélé la présence de substances actives médicamenteuses, parmi lesquelles de l’alprazolam (Xanax®) et du lorazépam (Témesta®), ainsi que d’autres spécialités pharmaceutiques, dont la dispensation est strictement réservée aux pharmaciens.
À l’audience, le prévenu a contesté les faits, malgré les éléments accablants recueillis au cours de l’enquête.
Le tribunal l’a notamment déclaré coupable des faits d’exercice illégal de la profession de pharmacien et a prononcé, à son encontre, une peine de douze mois d’emprisonnement avec sursis, ainsi qu’une interdiction d’exercer toute activité de « médium thérapeute » pendant cinq ans.
Le CNOP a été reçu dans sa constitution de partie civile.
Cette affaire illustre les risques, particulièrement graves, liés à la délivrance et à l’administration de médicaments, en particulier de psychotropes, en dehors du circuit pharmaceutique, et rappelle l’importance du monopole des pharmaciens, garant de la sécurité, de la qualité et du bon usage de ces produits.