Mise en place depuis le 1er janvier 2023 pour tous les pharmaciens inscrits à l’Ordre, la certification périodique s’est concrétisée en février 2026, avec la publication des référentiels. Chaque pharmacien peut, dès à présent, organiser son programme de certification périodique selon son métier. Mode d’emploi de ce dispositif qui vise à garantir le maintien des compétences professionnelles.

Selon l’article R. 4235-31 du code de déontologie, le pharmacien est tenu d’entretenir et de perfectionner ses connaissances et compétences professionnelles, en se conformant, notamment, à ses obligations en matière de développement professionnel continu (DPC) et de certification périodique. Cette dernière a été instaurée par l’ordonnance n° 2021-961 du 19 juillet 2021 pour les sept professions de santé dotées d’un ordre, dont celle de pharmacien. Elle vise à garantir le maintien des compétences, la qualité des pratiques ainsi que l’actualisation et le niveau des connaissances des pharmaciens inscrits à l’Ordre.

La certification périodique s’articule autour de quatre axes, communs à tous les professionnels de santé :

  • axe 1 : actualiser les connaissances et les compétences ;
  • axe 2 : renforcer la qualité des pratiques professionnelles ;
  • axe 3 : améliorer les relations avec les patients ;
  • axe 4 : mieux prendre en compte sa santé personnelle.

Une échéance tous les six ans… à quelques exceptions près

Pour satisfaire leur obligation de certification périodique, les pharmaciens doivent réaliser, pour chaque période de six ans à compter de leur date d’inscription à l’Ordre, un nombre minimal d’actions dans chacun des axes, selon les recommandations du Conseil national professionnel (CNP) dont ils relèvent. À titre dérogatoire, les professionnels inscrits à l’Ordre en exercice au 1er janvier 2023 voient leur première période de certification périodique étendue à neuf ans, renouvelable ensuite par période de six ans.

À noter que la publication des référentiels en 2026, ainsi qu’une prochaine révision législative, pourraient repousser le démarrage de l’obligation de certification périodique. L’Ordre des pharmaciens reste mobilisé auprès du ministère pour clarifier les obligations des professionnels et invite les pharmaciens à suivre avec attention les évolutions des différents dispositifs.

Si un changement majeur survient dans le parcours professionnel du pharmacien, la période de certification périodique peut être interrompue. Ainsi :

  • en cas d’interruption d’activité d’une durée cumulée supérieure à trois ans, la période de certification périodique sera close ;
  • en cas de changement de profession de santé, une nouvelle période de six ans commencera ;
  • en cas de changement d’activité au sein de la même profession au cours des six ans, le pharmacien devra mettre en oeuvre les actions qui restent à réaliser, en tenant compte du référentiel de sa nouvelle activité, si les actions n’avaient pas été effectuées dans son ancien référentiel.

Les référentiels : une grille commune pour la profession

Des référentiels, élaborés par le CNP de chaque profession selon une méthodologie proposée par la Haute Autorité de santé (HAS), traduisent chacun des quatre axes de la certification périodique en types d’action à réaliser sur une période de six ans. Ces référentiels, publiés dans l’arrêté du 26 février 2026, précisent les critères de validation de chacune des actions identifiées et définissent ainsi un cadre opposable à la certification périodique.

Les pharmaciens sont donc tenus de réaliser des actions relevant de leur référentiel de rattachement :

  • le référentiel du CNP Pharmacie pour les pharmaciens d’officine, de l’industrie, lde la distribution en gros, des établissements de santé ou médicosociaux et des services d’incendie et de secours ;
  • le référentiel du CNP de biologie médicale pour les biologistes médicaux.

Chaque référentiel fixe également le nombre d’actions qu’un pharmacien doit réaliser et le délai pour répondre à son obligation de certification périodique.

Selon le référentiel du CNP Pharmacie, un pharmacien doit réaliser au cours de chaque période de certification périodique (hors cas d’exonération) :

  • au moins trois actions pour les axes 1 et 2 ;
  • au moins deux actions pour les axes 3 et 4.

Selon le référentiel du CNP de Biologie médicale, le pharmacien biologiste médical doit valider au moins deux actions pour chacun des quatre axes, sur une période d’un cycle de certification périodique. Les actions choisies peuvent être de même type au sein du même axe.

Paul Lemarquis,
Pharmacien titulaire et membre du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP), référent ordinal certification périodique et DPC

Photo de Paul Lemarquis

« Culturellement, beaucoup de pharmaciens raisonnent essentiellement en DPC, et c’est cela qui doit changer. L’idée, ce n’est plus seulement de demander à un pharmacien s’il a suivi une formation, mais c’est plutôt de lui demander si, globalement, il maintient ses compétences professionnelles. C’est cela, le passage du DPC à la certification périodique. Cela inclut des composantes plus larges : la connaissance, la pratique, la qualité, la relation avec le patient – s’il a des relations avec le patient – et la santé du professionnel. C’est sur cette logique que la certification périodique a été construite. »

Deux cas d’exonération prévus

  • Les professionnels de santé n’exerçant pas d’activité de soins directement auprès des patients sont exonérés de l’axe 3.
  • Les professionnels de santé soumis à des formations obligatoires spécifiques, conditionnant l’exercice de leur pratique, sont exonérés de l’axe 2.

À noter que les modalités pratiques de ces exonérations doivent encore être précisées.

Ma Certif’Pro Santé, le compte individuel de certification périodique

La plateforme de téléservice Ma Certif’Pro Santé, pilotée par l’Agence du numérique en santé avec le ministère de la Santé, a pour but de mettre en oeuvre le programme de certification périodique des professionnels de santé et de faciliter son suivi. Chaque professionnel de santé disposera d’un compte individuel où il pourra enregistrer ses actions de certification périodique. Il pourra également solliciter auprès des instances compétentes les informations et les conseils nécessaires à la mise en oeuvre de son obligation de certification périodique, ou solliciter un accompagnement auprès de son Conseil national professionnel.

Ce téléservice n’est pas encore opérationnel ni accessible en ligne, mais une première version devrait voir le jour fin 2026. Dans l’attente, il est recommandé aux pharmaciens de conserver leurs attestations pour les actions de DPC et/ou de certification périodique réalisées à compter de 2026, et de vérifier qu’ils ont bien déclaré une adresse e-mail de contact à l’Ordre sur e-POP.

À noter : l’Ordre et le ministère de la Santé mettent en garde les pharmaciens contre les tentatives de fraude à la certification périodique ; des sites Internet se faisant passer pour la plateforme Ma Certif’Pro Santé et proposant des formations payantes ont fait leur apparition.

La plateforme officielle n’est pas encore en ligne, et aucun paiement ne sera demandé pour y accéder.

Des actions concrètes

Sont prises en compte, dans la certification périodique, les actions :

  • réalisées au titre du développement professionnel continu ;
  • réalisées au titre de la formation continue ;
  • de formation pour être maître d’apprentissage ;
  • de formation professionnelle et de bilan de compétences ;
  • de formation diplômante (diplômes nationaux de type licence, master, diplôme universitaire ou diplôme préparant à des examens ou concours) ;
  • menées dans le cadre de démarches collectives sur un territoire, telles que les protocoles de coopération mentionnés à l’article L. 4011-1 du code de la santé publique, dans un établissement de santé, un établissement médicosocial ou une structure d’exercice coordonné ;
  • permettant de développer des compétences transversales pour améliorer les parcours de santé ;
  • permettant de développer une démarche interdisciplinaire des pratiques professionnelles et de garantir leur sécurité.

Ainsi que toute autre action, visant à développer la prévention en santé, à garantir les bonnes pratiques et concourant à la gestion des risques, qu’elle soit individuelle ou collective, et proposée éventuellement par les structures d’exercice.

Les référentiels fixent les critères de validation des actions ainsi que les attendus méthodologiques à respecter et les éléments de preuve à conserver pour justifier de leur réalisation. Certaines actions sont reconnues d’office (exemple : les formations DPC, certains diplômes universitaires, direction et/ou jury d’une thèse d’exercice, maître de stage ou d’apprentissage, autoévaluation DQO [Démarche Qualité à l’Officine] de l’Ordre des pharmaciens…), tandis que d’autres doivent faire l’objet d’une labellisation ou d’une validation par le CNP selon un cahier des charges défini (participation à certains congrès, actions de revue bibliographique, actions « libres » ou « hors référentiel »…).

Dans tous les cas, le professionnel de santé est libre de choisir les actions qu’il réalisera. Le référentiel du CNP Pharmacie indique d’ailleurs que « Le pharmacien doit choisir un parcours de certification périodique qui correspond à son type d’exercice, son territoire, sa patientèle, son environnement médical, ses relations interprofessionnelles… L’objectif étant qu’il soit au plus près de son exercice quotidien ».

Maryse Camus-Piszez,
Vice-présidente du CNOP et pharmacienne hospitalière, référente ordinale certification périodique et DPC

Photo de Maryse Camus

« Le système est certes jalonné d’un certain nombre d’obligations sur différents axes, néanmoins, il s’insère dans l’opérationnel. Les pharmaciens voient leurs missions au quotidien et le contexte réglementaire évoluer et s’enrichir constamment : ils se documentent, ils lisent… Les référentiels des CNP sont très complets, et le pharmacien s’y retrouve forcément. L’Ordre sera chargé de vérifier que les professionnels de santé ont satisfait à leur obligation de certification périodique, à la différence très importante que ce suivi pourra être réalisé au fil de l’eau, grâce à la plateforme Ma Certif’Pro Santé – bien que l’organisation du contrôle soit encore à définir. Et dans l’attente, les pharmaciens doivent commencer à s’approprier les référentiels. »

Certification périodique et DPC : complémentarité et cohérence

DPC et certification périodique sont deux obligations professionnelles qui, à l’heure actuelle, coexistent.

  • Le DPC, dispositif antérieur à la certification périodique, repose sur une obligation triennale comprenant un enchaînement d’actions de formation continue, d’évaluation et d’amélioration des pratiques et/ou d’actions de gestion des risques.
  • La certification périodique est un dispositif plus large, qui permet l’entretien des compétences du professionnel de santé sur une période de six ans. Elle va au-delà de la formation et de l’amélioration des pratiques professionnelles, puisqu’elle intègre la relation avec les patients et vise à une meilleure prise en compte de la santé du professionnel.

À ce jour, le dispositif du DPC perdure et s’imbrique dans la certification périodique.

À terme, pour simplifier les parcours professionnels, le ministère a exprimé sa volonté de faire évoluer les textes afin de ne maintenir que l’obligation de certification périodique pour les professionnels de santé soumis à un Ordre, dans laquelle des actions de DPC portant sur des orientations prioritaires pourront être réalisées. Cela conduirait à supprimer l’obligation triennale de DPC pour ces mêmes professionnels. La mesure doit être inscrite dans un véhicule législatif encore à identifier.

Dans l’attente et en l’absence de calendrier précis, l’obligation de DPC pour les pharmaciens reste pleinement en vigueur. Les orientations prioritaires 2023-2025, déjà prorogées pour 2026, viennent d’ailleurs d’être reconduites pour l’année 2027.

À noter que l’obligation triennale de DPC serait néanmoins maintenue pour les professionnels de santé non soumis à un ordre (par exemple, les préparateurs en pharmacie).

Sandrine Pautot,
DGOS, directrice du projet évolution du DPC et certification périodique des professionnels de santé

Photo de Sandrine Pautot

« La certification périodique est avant tout une démarche élaborée par les professionnels de santé pour les professionnels de santé, quel que soit leur mode d’exercice. L’ambition est de passer d’une logique principalement centrée sur la formation à une approche plus globale de la compétence professionnelle. Pour construire ce nouveau cadre, les travaux se sont appuyés sur des références internationales, qui définissent la compétence en santé comme une réalité multidimensionnelle. Être compétent, ce n’est pas seulement avoir des connaissances, c’est à la fois maîtriser un savoir, savoir mettre en œuvre des pratiques adaptées, être capable d’une relation de qualité avec les patients et pouvoir exercer dans la durée, en prévenant les risques d’usure professionnelle. L’idée de la certification périodique, c’est aussi valoriser des actions souvent réalisées de manière isolée, dans un parcours qui est construit, visible, reconnu.

Aujourd’hui, le dispositif se déploie. Les référentiels sont appelés à évoluer dans le temps, en introduisant notamment de la pondération dans les actions. Quant à la plateforme Ma Certif’Pro Santé, l’objectif partagé est que chaque professionnel de santé dispose en novembre de son compte utilisateur. C’est un chantier de grande ampleur, mais les travaux avancent rapidement sous l’impulsion de l’ANS (Agence du numérique en santé) afin de proposer un outil à la fois fiable, sécurisé et adapté aux professionnels. »

Une mission de contrôle de la certification périodique confiée aux ordres

L’Ordre national des pharmaciens est chargé de contrôler, de s’assurer, de manière continue, du bon déroulement général de la procédure de certification périodique et de la réalisation, par les pharmaciens inscrits au tableau, du programme minimal d’actions pour satisfaire leur obligation.

Le contrôle de la certification périodique repose sur une logique prioritairement pédagogique et progressive. Si l’Ordre constate un risque de non-réalisation du programme de certification périodique d’un pharmacien, il peut alerter l’intéressé et son employeur, le cas échéant. Il peut aussi proposer à un pharmacien qui rencontre des difficultés pour réaliser son programme de certification périodique, de bénéficier d’un accompagnement du CNP dont il relève (art. R. 4022-18 du code de santé publique [CSP]).

Dans un délai de six mois à l’issue de chaque période de six ans (ou de neuf ans pour les professionnels de santé en exercice au 1er janvier 2023), l’Ordre informe le pharmacien s’il a répondu ou non à son devoir de certification périodique (art. R. 4022-19 du CSP). La validation de la certification périodique ouvrira de facto un nouveau cycle. Si un pharmacien n’a pas satisfait son obligation de certification périodique, l’Ordre organise dans un premier temps un entretien avec l’intéressé pour identifier les conditions dans lesquelles le pharmacien pourrait, dans les plus brefs délais, satisfaire à son obligation de certification périodique (art. R. 4022-20 du CSP).

À l’issue de cette procédure, ne pas satisfaire à son obligation de certification périodique constitue une faute susceptible d’entraîner une sanction disciplinaire. L’Ordre, ainsi que d’autres autorités habilitées à saisir directement la juridiction disciplinaire, peuvent engager une procédure disciplinaire.

Une procédure de suspension temporaire d’exercice pour insuffisance professionnelle peut également être enclenchée (art. R. 4022-20 et R. 4022-21 du CSP).

Jean-Louis Pons,
Biologiste médical, président du CNP Biologie médical

Photo de Jean-Louis Pons

« On ne rentre pas dans la certification périodique, on y est ! À partir du moment où un spécialiste finit sa formation initiale universitaire, s’installe, exerce, que ce soit en public ou en privé, il a une obligation immédiate de certification périodique. Par ailleurs, tout ce travail sur la construction du référentiel a été fait en collaboration entre spécialités médicales, en essayant d’éviter tout ce qui est trop coercitif. Quand on a suivi dix ou douze ans d’études pour obtenir le droit d’exercer une profession, c’est que l’on aime cette profession et que l’on a envie de bien l’exercer. Il n’y a donc pas besoin d’être coercitif. On doit pouvoir faire les choses sur la base de la confiance. D’ores et déjà, les professionnels de santé peuvent commencer à regarder sur le site de leur CNP la liste des obligations de leur référentiel, pour préparer les dossiers et réaliser des actions de certification périodique. Et s’ils ont réalisé des actions qui rentrent dans ce référentiel, ils gardent les documents qui permettront de remplir la plateforme Ma Certif’Pro Santé lorsqu’elle sera ouverte. »

Alexandra Gaertner
Présidente du CNP Pharmacie

Photo de Alexandra Gaertner

« Le référentiel du CNP Pharmacie, publié en début d’année, concerne tous les pharmaciens inscrits à l’Ordre excepté les biologistes médicaux et les pharmaciens du service de santé des armées, qui disposent d’un autre référentiel pour leur métier. La particularité de notre référentiel est qu’il repose sur un certain nombre d’actions à réaliser dans chacun des 4 axes de la certification. Nous avons fait le choix de pas avoir de pondération, c’est-à-dire pas de système de carte à points pour valider la certification. Le but était de proposer un référentiel durable, qui tienne compte de la double obligation DPC/ certification tant qu’elle existe mais à terme, il ne devrait rester qu’une seule obligation, celle de la certification. Par ailleurs, beaucoup d’actions référencées ont déjà été réalisées par les pharmaciens depuis janvier 2023. Ces actions pourront bien être enregistrées dans leurs parcours de certification une fois la plateforme opérationnelle. Nous invitons les pharmaciens à consulter le site du CNP Pharmacie qui ouvrira, courant juillet, une « foire aux questions », et viendra clarifier les modalités de la certification périodique. »

LA CERTIFICATION EN PRATIQUE

Quelles sont les actions à réaliser ?

 Axe 1Axe 2Axe 3Axe 4
Officine/Hôpital/ Industrie/ Distribution3 actions minimum3 actions minimum, sauf exonération2 actions minimum, sauf exonération2 actions minimum
Biologie médicale2 actions minimum2 actions minimum, sauf exonération2 actions minimum, sauf exonération2 actions minimum

Quelles échéances ?

  • Pharmaciens en exercice au 1er janvier 2023 : par dérogation, la 1re période est de 9 ans
  • Pharmaciens en exercice après le 1er janvier 2023 : 6 ans après la date d’inscription

Comment suivre sa certification ?

Sur la plateforme Ma Certif’Pro Santé (ouverture fin 2026)

  • Mise en oeuvre de la certification périodique, enregistrement des actions réalisées.
  • Suivi du programme de certification.
  • Informations, conseils, aide à l’orientation.

Points de vigilance

Dans l’attente de l’ouverture de la plateforme Ma Certif’Pro Santé, chaque pharmacien doit conserver les attestations d’actions réalisées depuis le 1er janvier 2023.

Attention aux sites usurpant l’identité de Ma Certif’Pro Santé, qui vendent en ligne des fausses actions de certification périodique.