Tous Pharmaciens La revue n°31 - juillet 2026
DIALOGUE
« Le pharmacien, l’un des premiers acteurs de l’urgence »
23/07/2026
Exercice coordonné - Exercice professionnel - Officine
Acteurs de proximité, les pharmaciens sont régulièrement confrontés à la demande de soins urgents. Pharmacien titulaire d’officine formé aux gestes d’urgence, Yann Charpiat échange avec Christine Patot, médecin urgentiste : deux métiers complémentaires, et un même constat sur le rôle de premier recours du pharmacien.
En quoi le pharmacien est-il un acteur de première ligne face à certains types d’urgences ?
Yann Charpiat : Grâce au maillage officinal, qui offre à la population un accès privilégié à la santé de proximité, les pharmaciens et leurs équipes constituent un recours naturel et spontané pour la demande de soins des Français. Disponibles et formés pour répondre aux questions de santé du quotidien, les pharmaciens sont, en quelque sorte, les acteurs de santé « en première ligne ». C’est particulièrement le cas pour les urgences du quotidien et gestes de premier recours, lorsque la situation ne semble pas nécessiter de se rendre dans un service hospitalier.
Christine Patot : Pour les spécialistes des urgences, le réseau officinal est un précieux soutien. L’effet « Croix verte », qui symbolise l’accès facilité à un premier niveau de conseil et d’information en santé, est bien ancré dans la population. Et la pharmacie devient donc le « poste avancé » de la santé dans les territoires, en mesure d’évaluer un besoin de santé en première intention. Leur rôle est clé, à la fois pour les gestes de premiers secours, mais également pour la bonne orientation du patient en cas d’utilité.
Quelles sont les situations d’urgence les plus fréquemment traitées par les pharmaciens ?
Y. C. : Elles sont très variées. Nous sommes souvent sollicités pour des piqûres d’insectes (abeilles…), de tiques, des brûlures, des réactions allergiques, des coupures, des plaies, ou encore des chutes. Nous sommes également confrontés à des situations plus graves, comme des hypoglycémies, des douleurs thoraciques, des crises d’asthme ou des difficultés respiratoires. Il nous est même arrivé de suspecter des accidents vasculaires cérébraux (AVC), ce qui a permis de mobiliser immédiatement les urgences pour une bonne prise en charge du patient.
C. P. : Il est vrai qu’aujourd’hui, les patients préfèrent se rendre à l’officine avant d’envisager un passage aux urgences hospitalières. L’éloignement des services, la crainte de l’attente expliquent ce choix. Il faut donc que les pharmaciens soient prêts à répondre à cette demande, quelle qu’elle soit. C’est pourquoi il est essentiel que les équipes officinales disposent des connaissances et du matériel de base pour sécuriser l’état de santé du patient. Ils peuvent par ailleurs intervenir pour l’usage des défibrillateurs mobiles installés dans de nombreuses communes.
Quelle doit être la bonne attitude du pharmacien face à une demande de soins urgents ?
Y. C. : La première étape consiste à évaluer rapidement la situation en interrogeant le patient ou son entourage sur les circonstances, les symptômes, les antécédents et les traitements en cours. En fonction de la situation et dans le respect de ses compétences, le pharmacien peut réaliser certains gestes de premiers secours, comme une injection d’adrénaline (avec un auto injecteur) en cas d’allergie. Il faut également rassurer le patient et son entourage, car le facteur stress est à prendre en compte dans la prise en charge de l’urgence. Enfin, il est essentiel de reconnaître les situations qui nécessitent une alerte immédiate du Samu.
C. P. : L’évaluation faite par le pharmacien est fondamentale pour nous. Nous sommes régulièrement en contact avec eux, et leurs appels sont toujours traités rapidement. Le recueil de la bonne information peut s’avérer crucial pour organiser notre intervention, par exemple en cas de malaise ou de traumatisme. Et il nous arrive de les accompagner à distance pour la réalisation de gestes vitaux.
La formation AFGSU 2 aide-t-elle concrètement l’équipe officinale ?
C. P. : Le fait que la formation AFGSU 2 (Attestation de formation aux gestes et soins d’urgence de niveau 2) soit obligatoire dans le cadre de la formation initiale est une très bonne chose. Cela contribue à la diffusion d’une culture des premiers secours, complétée par des équipements comme les défibrillateurs. Son intérêt repose, entre autres, sur la mise en situation, qui aide à adopter la bonne attitude.
Y. P. : Dans mon officine, toute l’équipe est formée, ce qui nous permet de réagir de manière coordonnée et efficace face à une situation d’urgence. À mon sens, il serait pertinent de proposer des remises à niveau régulières tout au long de la carrière afin d’actualiser les connaissances, de maintenir les bons réflexes et d’intégrer les évolutions de prise en charge, notamment dans les domaines du numérique et de la téléexpertise.
L’Attestation de formation aux soins urgents de niveau 2 (AFGSU 2) est obligatoire dans le cadre de la formation initiale des professionnels de santé depuis 2014, dont les pharmaciens et les préparateurs en pharmacie. La formation se déroule sur trois jours (21 heures) et a pour objectif de faire connaître la marche à suivre en cas d’urgence, dans l’attente de l’avis médical du Samu. L’attestation est valable quatre ans. Le ministère de la Santé a été interrogé par l’Ordre quant à l’obligation de détenir une AFGSU 2 en cours de validité. Dans cette attente, le suivi de la formation AFGSU 2 et sa mise à jour sont vivement préconisés par l’Ordre. |