Événement sanitaire d’importance - Émergence de cas à dermatophilus congolensis
Dans un Message d’information de santé publique, le ministère chargé de la Santé informe que depuis fin 2025, des cas groupés de folliculites à Dermatophilus congolensis ont été identifiés en France. Bien que bénigne selon les informations disponibles à ce stade, cette dermatose émergente inhabituelle nécessite une approche globale des populations exposées intégrant la prévention combinée, le dépistage précoce et un traitement efficace.
Messages clés
- Une émergence inhabituelle de Dermatophilus congolensis, pathogène classiquement zoonotique, est rapportée avec une très forte suspicion de transmission interhumaine lors de contacts sexuels en milieux humides (saunas, spa).
- À date, environ une cinquantaine de cas a été recensée à ce jour, majoritairement chez des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), souvent avec la notion de fréquentation de saunas.
- D’autres cas de transmissions par contact sexuel en milieux humides (saunas) de la bactérie sont documentés en Europe et à l’international.
- Les formes cutanées (cf. atlas dermatologique) observées sont bénignes, avec une évolution favorable sous antibiothérapie usuelle (amoxicilline, pristamycine).
- Le contexte de rassemblements festifs (Marche des fiertés, lieux festifs et sexuels) en cours et dans les mois à venir augmente le risque de diffusion sur le territoire national et européen.
- Dans un contexte d’émergence, les professionnels de santé sont appelés à une vigilance renforcée afin d'améliorer le repérage des cas, le traitement et le signalement dans une approche globale des IST / dermatoses transmissibles.
- Un signalement via les circuits de soins (CeGIDD) est recommandé pour améliorer la connaissance de cette dermatophilose émergente en santé humaine. La localisation des CeGIDD est disponible sur sante.fr et via les sites des ARS.
Depuis fin décembre 2025, des cas groupés de folliculites à Dermatophilus congolensis, ont été identifiés au CeGIDD de Lyon-Croix Rousse et dans d’autres régions françaises.
Cette bactérie habituellement responsable d’affections cutanées chez les animaux (équidés, bovins) est rarement décrite chez l’humain, en général après contact avec des animaux infectés.
À date, une cinquantaine de cas a été recensée à ce jour en France, majoritairement chez des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), souvent avec la notion de fréquentation de saunas.
L’identification des cas dans plusieurs régions françaises et pays européens, associée aux données microbiologiques évoquant un clone commun, confère à cet épisode un caractère potentiellement épidémique. Le contexte des rassemblements festifs en cours ou à venir (Marche des fiertés) au cours des prochains mois renforcent cette préoccupation.
De plus, cette émergence survient dans un contexte global d’augmentation de dermatoses sexuellement transmissibles chez les HSH : variole B (anciennement mpox, monkeypox), Klebsielles, dermatophytes, etc.
Bien que bénigne selon les informations disponibles à ce stade, cette dermatose émergente inhabituelle nécessite de renforcer la vigilance clinique et biologique, pour améliorer le repérage et la prise en charge des cas. Une approche globale des populations exposées (HSH, multi partenariat, fréquentation de saunas et lieux de convivialité) intégrant la prévention combinée des infections sexuellement transmissibles (IST), le dépistage précoce et un traitement efficace des dermatoses transmissibles en contexte de sexualité, est essentielle pour interrompre les chaînes de transmission. |
1. Description clinique et repérage des patients cliniquement évocateurs
Populations concernées et facteurs/expositions à risque
Les cas concernent principalement des hommes gays, bisexuels et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH). Les principaux facteurs de risque sont les rapports sexuels récents avec partenaires multiples, la prise de prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP), et le chemsex. Des co-infections par le VIH ou d’autres IST sont fréquentes. Les expositions à risque incluent surtout le contact peau à peau, notamment lors de rapports sexuels, ainsi que la fréquentation de saunas ou lieux de forte promiscuité. Le contact de peau à peau semble le facteur de transmission probablement amplifié par l’humidité et la chaleur, qui favorisent la libération de « zoospores ». Ces bactéries peuvent se déplacer dans l’eau et pénétrer l’épiderme. L’incubation est estimée entre 6 à 7 jours après une exposition à risque.
Présentation clinique typique
Les lésions sont des macules et papules squamo-croûteuses, folliculaires et non folliculaires, pouvant évoquer un psoriasis en gouttes. La squame-croûte présente un aspect « feuilleté » ou « ostracé » (évoquant une coquille d'huître). Des pustules folliculaires franches ou des lésions folliculaires spinulosiques peuvent également être observées.
Zones fréquemment atteintes
Face, fesses, périnée, organes génitaux externes (zones pileuses et non pileuses), faces internes des cuisses.
Source : Collection cliniciens – Consentement éclairé des patients
Pour plus d’informations, consulter l’atlas dermatologique sur le site du groupe Infectiologie dermatologique des IST.
Traitement et évolution
L'évolution est habituellement favorable en environ une semaine sous antibiothérapie usuelle (amoxicilline, pristinamycine), sans cicatrice – à la différence de la variole B. Ce point peut être utilisé pour rassurer les patients.
Co-infections fréquentes
Les séries de cas rapportées récemment en France et en Espagne montrent une fréquence notable de co-infections avec d’autres bactéries (staphylocoques) ou d’autres IST, ce qui renforce l’intérêt d’un dépistage systématique et élargi.
Diagnostics différentiels à évoquer
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2. Conduite à tenir biologique
Le diagnostic repose sur une culture bactérienne spécifique, ce pathogène n’étant pas recherché en routine.
Il est donc indispensable de mentionner explicitement la suspicion de Dermatophilus congolensis sur la demande biologique.
Un prélèvement cutané (écouvillonnage vigoureux ou curetage de lésion) doit être réalisé, avec une recherche ciblée en culture.
Le diagnostic peut être retardé (≥ 24–48 h) et les cultures peuvent être polymicrobiennes, nécessitant une attention particulière à l’identification.
Pour plus de détails sur la conduite à tenir biologique, se référer aux annexes.
À préciser sur la demande biologique
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3. Orientation, traitement et prise en charge des patients
Orientation des patients dans une approche globale IST / dermatoses transmissibles
Tout patient présentant des lésions cutanées évocatrices (papules squamo-croûteuses du visage, des fesses ou des organes génitaux, lésions de folliculites), dans un contexte HSH, de contact rapproché ou de fréquentation de saunas ou spas ou lieux festifs, doit être pris en charge par le médecin traitant et faire l’objet de prélèvements biologiques en première intention puis orienté en Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles (CeGIDD) pour une prise en charge plus globale et assurer un suivi de l’épidémie au niveau national.
À l'occasion de tout dépistage IST, de prescription ou de suivi de PrEP, il convient de :
- interroger sur l'existence de lésions cutanées, de contacts rapprochées ou sexuels avec une personne présentant ces lésions cutanées et la fréquentation de lieux à risque ;
- proposer un examen cutané ciblé (visage, fesses, périnée, organes génitaux externes) ;
- orienter vers un CeGIDD pour une approche plus globale des IST / dermatoses sexuellement transmissible.
La localisation des CeGIDD est disponible sur sante.fr et via les sites des Agences régionales de santé (ARS).
Traitement antibiotique et posologie
Antibiothérapie par voie orale Amoxicilline 1gx3/j pendant 7 jours (ou pristinamycine en cas d’allergie).
Proposer un traitement local/topique en fonction du stade d’évolution des lésions : douches antiseptiques à la chlorhexidine moussante.
4. Signalement
En l'absence de dispositif de déclaration spécifique, le signalement des cas confirmés repose sur les circuits existants et sur la mobilisation des structures habilitées, au premier rang desquelles les CeGIDD. Les modalités seront précisées par Santé publique France prochainement. Pour toute question concernant le signalement des cas, merci d'adresser un e-mail à Santé publique France : surveillance-cegidd@santepubliquefrance.fr
5. Prévention et messages à relayer auprès des patients
- limiter les contacts cutanés directs et rapprochés avec des personnes présentant des lésions cutanées évocatrices ;
- respect strict des règles d'hygiène dans les lieux collectifs (saunas, piscines, lieux festifs) : douche avant/après, non-partage de serviettes, vêtements ou literie ;
- en cas de lésions cutanées apparaissant dans les jours suivant une exposition à risque : consulter sans délai un professionnel de santé ou se rendre dans un CeGIDD ;
- la guérison est habituellement rapide sous traitement antibiotique usuel, sans séquelle ;
- aucun isolement strict n'est recommandé à ce stade, mais il convient d'éviter les contacts rapprochés et les rapports sexuels pendant la phase active des lésions jusqu’à la guérison des lésions ;
- se faire dépister régulièrement pour d’autres IST, notamment le VIH et la syphilis, en cas d’expositions : consulter le document dédié sur l’Organisation et accès aux soins, qualité de vie pour un succès thérapeutique.
Annexe : conduite biologique à tenir
Prélèvement et échantillon
- écouvillon de type E-swab : écouvillonnage vigoureux des lésions ; prélever au moins deux lésions (technique validée dans les laboratoires ayant identifié les premiers cas) ;
- curetage des lésions croûteuses possible (adresser en poudrier stérile).
Culture
- pousse sur milieux riches (COS / PVX), en aérobiose et sous CO₂ ;
- croissance en 24–48 h (identification plus aisée à 48 h) ;
- colonies caractéristiques : jaunâtres, parfois blanches, β-hémolytiques sur gélose sang, rhizoïdes, adhérentes, très sèches.
Attention : la culture peut être plurimicrobienne (flore cutanée, co-infections à S. aureus, S. lugdunensis, K. aerogenes). Il est impératif de rechercher D. congolensis y compris en présence de ces bactéries.
Examen direct sur colonies isolées (après culture)
- Bacille Gram positif ramifié septé, avec aspect en « rail de chemin de fer » — orientation diagnostique rapide.
Identification
- par MALDI-TOF (identification possible mais parfois difficile - vigilance requise sur interprétation) : s’assurer que D. congolensis figure bien dans la base de spectres de l’appareil utilisé) ;
- identification complémentaire des colonies par PCR 16S sur souche en cas de doute ;
- en cas de doute, une coloration de Gram sur une colonie qui montrera des bacilles Gram positifs ramifiés.

