Nutrition : quel rôle pour le pharmacien d'officine ?
Point de vigilance : le syndicat national des diététiciens a attiré l'attention de l’Ordre sur certaines pratiques observées en officine, en matière de conseils et d’accompagnement nutritionnel. Pour soutenir des pratiques de qualité, l’Ordre rappelle le cadre de cet accompagnement, les compétences de chaque profession et les situations nécessitant une orientation ou une prise en charge coordonnée.
Les consultations diététiques, prérogative des diététiciens
Comme celle des pharmaciens, la profession de diététicien est réglementée et définie dans le code de la santé publique à l’article L. 4371-1 : “Il participe à l'éducation et à la rééducation nutritionnelle des patients atteints de troubles du métabolisme ou de l'alimentation, par l'établissement d'un bilan diététique personnalisé et une éducation diététique adaptée”. Leur participation à l'éducation thérapeutique se fait sur prescription médicale. Seuls les titulaires du diplôme d'Etat français de diététicien ou d’une autorisation délivrée par une commission peuvent exercer cette profession.
Conformément aux recommandations de l’Association des diététiciens de langue française, réalisées avec le soutien de la HAS, la consultation diététique consiste en un entretien entre le patient (accompagné ou non de son entourage) et le diététicien. Elle peut être réalisée à la suite d'une prescription médicale ou à la demande d’un particulier. Elle s’appuie sur la démarche de soin diététique et comprend :
- un bilan diététique ;
- la mise en place d’une stratégie ;
- la négociation d’objectifs de soin diététique entre la personne soignée et le diététicien ;
- le suivi nutritionnel à but éducatif, préventif ou thérapeutique.
Il s'agit d'une activité de collaboration avec les médecins et les autres professionnels de santé, en accord avec la personne soignée et selon les objectifs de la consultation.
La démarche de soin diététique apporte un cadre à la consultation, intègre le recueil de données et leur analyse, l’élaboration d’un diagnostic et aboutit à la construction d’une stratégie diététique personnalisée.
Le rôle du pharmacien en matière de nutrition
En cohérence avec le Programme National Nutrition Santé (PNNS), le pharmacien peut notamment :
- informer et conseiller les patients sur les recommandations nutritionnelles (alimentation équilibrée, activité physique, hydratation, limitation du sel, du sucre et des matières grasses);
- participer à la prévention de maladies liées à l'alimentation, comme l'obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou certaines carences ;
- repérer les situations à risque (dénutrition chez les personnes âgées, surpoids, troubles alimentaires, etc.) et orienter si nécessaire vers un médecin ou un diététicien ;
- accompagner les patients dans le cadre de leurs traitements lorsque l'alimentation influence l'efficacité, la sécurité, le bon usage des médicaments, ou dans le cadre de la prescription de compléments nutritionnels oraux ;
- relayer les campagnes de santé publique et diffuser les messages du PNNS au sein de l'officine.
À l’occasion de la réalisation d’entretiens pharmaceutiques, de la participation à des programmes d’éducation thérapeutique, ou lors de la conduite de bilans de prévention, le pharmacien peut être amené à évaluer les habitudes alimentaires des patients, à identifier les facteurs de risque nutritionnels, à leur prodiguer des conseils hygiéno-diététiques adaptés et orienter le patient lorsque la situation le justifie.
Le pharmacien est également compétent pour conseiller, dispenser et vendre des produits diététiques, de régime et des compléments alimentaires.
Les bilans de prévention
Depuis 2024, le dispositif a été généralisé sur l'ensemble du territoire et ouvert aux assurés sociaux à quatre tranches d'âge clés de la vie :
- 18 à 25 ans ;
- 45 à 50 ans ;
- 60 à 65 ans ;
- 70 à 75 ans.
D’une durée de 30 à 45 minutes, ils commencent par un temps d’échange entre le pharmacien d’officine et le patient sur certaines thématiques de prévention prioritaires telles que la vaccination, les addictions (tabac, alcool…), l’activité physique, la sédentarité, mais aussi les habitudes alimentaires. Il est également possible d’y aborder les questions de santé mentale, sexuelle ou environnementale du patient.
Afin de traiter le ou les deux sujets priorisés conjointement avec le patient, le pharmacien s’appuie sur des outils et méthodes qui suscitent et renforcent la motivation au changement d’habitudes. Un livret d’accompagnement pour les professionnels propose un développement sur les techniques de l’entretien motivationnel et les interventions brèves.
L’objectif est d’adopter une posture bienveillante et partenariale, favorisant la confiance et les échanges pour susciter les modifications de comportements.
À l’issue du bilan, le professionnel rédige avec le patient son Plan personnalisé de prévention (PPP), en y indiquant ses objectifs prioritaires en santé et les actions concrètes pour mettre en place un changement de comportement et d’habitudes de vie. Le PPP permet d’orienter le patient vers un parcours adapté (orientation vers d’autres professionnels de santé, ressources en ligne, associations…). Le document est ensuite intégré sur le dossier médical partagé (DMP) pour être transmis au médecin traitant.
En cas de suspicion de pathologie non suivie ou non connue, le bilan doit être suivi d’une orientation vers une consultation médicale afin de permettre l’établissement d’un diagnostic.
Pour aller plus loin :
- Rendez-vous de prévention : en pratique à l’officine (actualité du 04/07/2024)
Information et sensibilisation du grand public
Manger bouger, Compléments nutritionnels oraux, Semaine de la dénutrition… le Cespharm met à la disposition des pharmaciens de nombreux outils de communication et d’information à destination du grand public sur les thématiques de la nutrition et des compléments alimentaires.
Pour aller plus loin :
- Nutrition, compléments alimentaires (rubrique du catalogue du Cespharm)
En savoir plus :
- La consultation diététique réalisée par un diététicien (Recommandations de l’Association des diététiciens de langue française, 2006)