Chikungunya en Guyane : détection de cas autochtones et appel à une vigilance renforcée
Dans un DGS-Urgent, le ministère de la Santé informe que depuis le 23 janvier, des cas autochtones de chikungunya (CHIKV) ont été confirmés en Guyane. La situation appelle à une vigilance renforcée de l’ensemble des acteurs de la santé publique et à une action précoce, afin de limiter le risque d’entrée dans une phase épidémique.
Messages clés
- Depuis le 23 janvier, des cas autochtones de chikungunya (CHIKV) ont été confirmés en Guyane.
- La survenue de cas autochtones rapprochés dans le temps, dans des secteurs distincts du territoire, suggère une circulation virale à bas bruit déjà installée.
- L’Agence régionale de santé Guyane, en lien avec ses partenaires, a mis en œuvre sans délai les mesures de contrôle, de lutte antivectorielle et de prévention autour des cas détectés.
- La situation actuelle en Guyane appelle à une vigilance renforcée de l’ensemble des acteurs de la santé publique et à une action précoce, afin de limiter le risque d’entrée dans une phase épidémique.
Depuis le 23 janvier, des cas autochtones de chikungunya ont été confirmés en Guyane, notamment à Kourou, à Cayenne et à Saint‑Laurent‑du‑Maroni, sans lien épidémiologique entre eux. La survenue de cas autochtones rapprochés dans le temps, dans des secteurs distincts du territoire, suggère une circulation virale à bas bruit déjà installée.
Le contexte de forte pression épidémique régionale, notamment au Suriname, le probable non-recours aux soins pour certains cas cliniquement évocateurs, la période propice aux rassemblements liés au carnaval et la saison des pluies actuelle, constituent des facteurs favorables à une diffusion du chikungunya à court terme sur le territoire guyanais.
Dès la déclaration des premiers cas, l’Agence régionale de santé (ARS) Guyane, en lien avec ses partenaires, a mis en œuvre sans délai les mesures de contrôle, de lutte antivectorielle et de prévention autour des cas détectés. Ces mesures sont systématiquement déclenchées autour de chaque nouveau cas afin de freiner la propagation du virus.
La situation actuelle en Guyane appelle à une vigilance renforcée de l’ensemble des acteurs de la santé publique et à une action précoce, afin de limiter le risque d’entrée dans une phase épidémique.
Dans ce contexte, nous attirons votre vigilance sur la nécessité d’une prise en charge rapide et coordonnée des situations évocatrices, reposant sur la détection précoce des cas, leur confirmation biologique, la mise en œuvre immédiate des mesures de prévention et le signalement sans délai des cas confirmés.
Pour éviter la survenue de nouveaux cas ou foyers de transmission autochtone il est rappelé l’importance de :
- évoquer le diagnostic de chikungunya devant tout tableau clinique compatible, en particulier une fièvre associée à des arthralgies généralement intenses ;
- prescrire des examens biologiques de confirmation selon la date de début des signes (cf. annexe) en privilégiant les prélèvements précoces. La prescription doit cibler à la fois le virus de la dengue et du chikungunya. Les tableaux cliniques à surveiller et la conduite à tenir figurent en annexe ;
- signaler, par tout moyen et le plus rapidement possible, tout cas confirmé biologiquement (cf. démarche de diagnostic biologique en annexe) au point focal régional de l’ARS Guyane afin d’initier les investigations et les mesures de gestion adaptées. Pour rappel, le signalement des cas confirmés de chikungunya est obligatoire ;
- rappeler les messages de prévention aux patients dès la suspicion clinique et, pour les cas confirmés, jusqu’à la fin de la virémie (7 jours après la date de début des signes), afin de limiter la transmission du virus : limitation des déplacements, port de vêtements couvrants et amples, utilisation d’un répulsif cutané, de diffuseurs électriques à l’intérieur des habitations, de ventilateurs et mise en place de moustiquaires sur les lits ou hamacs, notamment chez les enfants et les personnes malades, ainsi que sur les ouvertures (portes et fenêtres) lorsque cela est possible ;
- Renforcer la vigilance sur la présence de moustiques au sein de vos cabinets et locaux professionnels, notamment par la lutte contre les gîtes larvaires en supprimant les eaux stagnantes à l’intérieur et aux abords des locaux (petits contenants comme les dessous de pots, les déchets, les gouttières, etc.).
Le ministère rappelle que votre ARS peut vous apporter un appui dans la mise en œuvre de l’ensemble de ces recommandations.
Les coordonnées du point focal régional de l’ARS Guyane sont les suivantes :
ARS973-ALERTE@ARS.SANTE.FR
Tél : 05 94 25 72 37 (24h/24 et 7j/7)
Annexes
Sites utiles
- Le chikungunya (Santé publique France)
- Chikungunya (ARS Guyane)
- Repère pour votre pratique (document destiné aux professionnels de santé mis à jour en 2024, Santé publique France)
- Moustiques vecteurs de maladies (ministère chargé de la Santé)
Signes cliniques des arboviroses et traitement
- L’infection par le virus du chikungunya est le plus souvent symptomatique (dans 80 % des cas). Le tableau clinique typique associe une fièvre élevée et des arthralgies intenses prédominant aux extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges) et souvent une éruption cutanée maculopapuleuse. Les symptômes peuvent être aspécifiques (fièvre, céphalées, myalgies) et de faible intensité. L’évolution est le plus souvent favorable mais des arthralgies peuvent persister plusieurs semaines ou mois voire se chroniciser. Les formes chroniques, dont l’impact est important sur la qualité de vie, concernent 20 à 60 % des patients selon les études (le lignage viral, la qualité des soins reçus et du dispositif de soins sont parmi les éléments évoqués pour ces différences). Outre les formes chroniques, des complications à type d’atteintes neurologiques ont été décrites. Les patients à risques de formes graves sont les patients atteints de comorbidités, les femmes enceintes, les immunodéprimés et les âges extrêmes de la vie (et en particulier les nouveau-nés dont la mère a fait une infection à chikungunya avant l’accouchement*). L’immunité acquise semble durable.
*La transmission verticale de la mère à l’enfant au deuxième trimestre de la grossesse a également été documentée, ainsi que la transmission intra-partum lorsque la mère était virémique au moment de l'accouchement.
- L’infection par les virus de la dengue** provoque de fortes fièvres accompagnées de céphalées, de myalgies et d’asthénie. Si dans la majorité des cas il n’y a pas de complications, la maladie peut cependant évoluer vers des formes sévères (dengue hémorragique, notamment en cas d’infections répétées) entre le 4e et le 6e jour environ. Les signes d’alerte des formes sévères sont une fièvre >39°C après le 5e jour, des douleurs abdominales importantes avec ou sans diarrhée, des vomissements incoercibles, une agitation ou une somnolence, des œdèmes, des signes hémorragiques. Elles surviennent plus souvent en cas de dengue secondaire et/ou en présence de comorbidités. Une hospitalisation peut alors s’avérer nécessaire.
**Il existe quatre sérotypes du virus de la dengue. Une infection par un sérotype confère une immunité contre ce sérotype mais pas contre les autres. On parle de dengue primaire lors d’une première infection par un virus de la dengue et de dengue secondaire lorsqu'un individu est réinfecté par un autre sérotype. Le risque de développer une forme grave semble plus important lors d'une dengue secondaire que lors d'une dengue primaire.
La phase aiguë dure environ une semaine. Le traitement de ces arboviroses est avant tout symptomatique (antalgiques, antipyrétiques) ; l’aspirine et les antiinflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont contre-indiqués. La prise en charge des patients atteints de formes chroniques du chikungunya repose sur des recommandations édictées en 2014.
Diagnostic
La démarche de diagnostic biologique sur prélèvement sanguin est rappelée dans l’instruction du 12/12/2019 :
- jusqu’à 5 jours après le début des signes (J5) : méthode RT-PCR sur sérum ;
- entre J5 et J7 : méthode RT-PCR sur sérum et examen sérologique (recherche des IgG et IgM spécifiques) ;
- après J7 : examen sérologique uniquement (recherche des IgG et IgM spécifiques) avec un second prélèvement de confirmation au plus tôt 10 jours après le premier.
La technique PCR est disponible au sein de l’ensemble des laboratoires publics et privés du territoire. Les analyses sérologiques sont à réaliser au Centre national de référence (CNR) des arbovirus de l’Institut Pasteur Guyane.
Ainsi, il est primordial d’identifier avec précision la date de début des signes (DDS) afin de choisir les examens biologiques à réaliser. Les examens biologiques précoces (jusqu’à J7) par méthode RT-PCR doivent être privilégiés du fait de leur spécificité supérieure à la sérologie. Les IgM peuvent être identifiées à partir du cinquième jour après l’apparition des signes cliniques et persistent en moyenne 2 à 3 mois. Les IgG apparaissent quelques jours après les IgM et persistent toute la vie.
Les patients avec une symptomatologie évocatrice des virus de la dengue ou du chikungunya doivent ainsi être orientés vers un diagnostic biologique (RT-PCR et/ou sérologie, selon la date de début des signes). En raison de zones de circulation superposables et de signes cliniques similaires, les prescriptions doivent systématiquement cibler la dengue ET le chikungunya. Ces examens peuvent être faits par tout laboratoire de biologie médicale et sont pris en charge dans les indications précisées dans la nomenclature des actes de biologie médicale (NABM). Chaque échantillon doit être accompagné de renseignements cliniques.
Aussi, en cas de résultats négatifs en PCR pour la dengue et le chikungunya, les tubes sont à envoyer au CNR des arbovirus de l’Institut Pasteur Guyane qui recherchera les autres arbovirus dans le cadre de la surveillance sentinelle (Dispositif de surveillance des arbovirus DiSArbo973). Il est demandé de transmettre la fiche de renseignement (nécessaire pour le CNR).
En ce qui concerne la dengue, à noter que la vaccination fièvre jaune peut induire une sérologie dengue faussement positive, par réactivité croisée entre flavivirus. Un test de confirmation par neutralisation des anticorps peut être réalisé dans ce cas par le CNR.