Face à la profusion préoccupante de fausses informations en santé, les pouvoirs publics s’organisent afin d’enrayer un phénomène dangereux pour la santé de la population. Les pharmaciens et l’Ordre ont un rôle majeur à jouer pour lutter contre la désinformation en santé et porter une parole scientifique avérée.

Trois types de désordres de l’information

Officiellement reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la désinformation peut être définie selon une typologie proposée en 2017 par le Conseil de l’Europe :

  • mésinformation : il s’agit d’informations fausses, diffusées sans intentionnalité de nuire, mais qui contribuent à la mauvaise information du public. C’est, par exemple, le fait de relayer un article sans en avoir vérifié les sources ;
  • désinformation : les informations sont fausses, diffusées dans l’intention de porter préjudice. Cela peut être une campagne coordonnée pour manipuler l’opinion publique ;
  • mal-information : les informations sont vraies, mais tronquées ou interprétées pour servir une opinion, avec la volonté de nuire. Par exemple, une publication hors contexte, cherchant à diffamer.

Un phénomène massif aux conséquences graves

Dans le champ de la santé, la désinformation connaît une expansion sans précédent, accélérée par les différentes crises sanitaires, comme celle de la Covid-19, et amplifiée par les réseaux sociaux – première source d’information pour 53 % des 15-30 ans – qui diffusent des contenus algorithmiques, favorisant l’émotion et la rapidité, parfois au détriment des faits. Vaccination, cancer, alimentation, santé mentale, pratiques de soins non conventionnelles… peu de domaines échappent à ce phénomène, dont les effets sont multiples : renoncement aux soins, mésusage, perte de chance pour les patients et de confiance dans les institutions et fragilisation de la cohésion sociale. Ce mécanisme repose en grande partie sur un biais cognitif bien identifié : la tendance à privilégier les informations conformes à ses croyances préexistantes, que les algorithmes renforcent en proposant automatiquement des contenus alignés sur les préférences supposées de chaque utilisateur.

Un rapport sur l’information en santé, commandé par le ministère de la Santé

Remis le 12 janvier 2026 à la ministre de la Santé et rédigé par Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve, le rapport (voir en fin de dossier) vise à dresser un bilan des forces et faiblesses en matière d’information en santé et à produire des recommandations pour l’élaboration d’une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé. Pour ce faire, 156 entretiens ont été menés entre fin août et début novembre 2025 – impliquant 270 personnes – auprès d’agences sanitaires, de services de l’État, d’associations, de l’Assurance maladie, d’établissements de santé, de médias, de mutuelles, d’organismes de recherche, de personnes de la société civile, de professionnels de santé, de sociétés savantes, de scientifiques… L’objectif étant de multiplier la diversité des points de vue. L’Ordre, très impliqué sur ce sujet, a également été auditionné dans le cadre de ces travaux.

Six axes, neuf recommandations

Le diagnostic posé par les auteurs du rapport est sans appel : la population n’est pas assez armée pour résister à la désinformation. Trois fragilités majeures sont identifiées :

  • une éducation (une littératie) scientifique et en santé insuffisante ;
  • une difficulté réelle à juger la fiabilité des sources d’information disponibles ;
  • un rapport à l’information bouleversé par le numérique.

Six piliers sur lesquels baser les prochains travaux ont été détectés : éducation, formation, information, détection, sanctions et recherche. Et neuf recommandations concrètes sont formulées, dont la promotion de l’éducation à l’esprit critique, à la science, à la santé et aux médias dès le plus jeune âge, le renforcement de la formation à la science, à la littératie numérique et à la communication des professionnels de santé, l'élaboration d’un plan public d’information et de lutte contre la désinformation dans chaque institution, l’élaboration et le déploiement d’un Info-Score Santé et la création d’un observatoire  de l’information en santé, le développement d’un système d’infovigilance, la sanction des désinformateurs et la protection des scientifiques, le financement d’une recherche spécifique et une coordination européenne sur le sujet.

Un plan gouvernemental en déploiement

Le 12 janvier dernier, le ministère de la Santé a rendu publique la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé (voir en fin de dossier). Largement inspirée du rapport, elle entend impulser des actions concrètes et durables, afin de garantir au public une information en santé fiable, accessible et compréhensible. Ce plan est construit autour de quatre axes :

  • une phase d’écoute et de consultations citoyennes. Des enquêtes d’opinion, un baromètre national et des communautés citoyennes en ligne sont mises en place pour analyser l’exposition du public à la désinformation en santé et sa capacité à vérifier l’information. Un comité citoyen de 27 personnes a été mobilisé pour formuler un avis lors des assises du numérique. Ses conclusions ont été publiées avec des recommandations concrètes ;
  • un observatoire de la désinformation en santé. Il aura pour mission d’identifier, d’analyser et de documenter les phénomènes de désinformation. Des baromètres et des travaux de recherche seront régulièrement publiés, et des groupes de travail thématiques seront constitués pour mieux informer ;
  • un dispositif opérationnel d’infovigilance en santé. L’objectif est de détecter rapidement les fausses informations en santé, d’en analyser les ressorts argumentaires et de diffuser des réponses fiables et pédagogiques. Un réseau d’alliés (experts, journalistes, institutions, instituts de recherche, créateurs de contenus) contribuera à ce dispositif, aux côtés du service public d’information en santé à travers son site de référence sante.fr ;
  • élaboration d'un socle de confiance propice à l'information en santé. Trois mesures sont en développement : renforcement de l’éducation critique à la santé dans le système éducatif, responsabilisation des plateformes pour lutter contre la manipulation de l’information, l’infox ou la désinformation des publics, et intégration de la désinformation en santé au sein des programmes de recherche.

Le pharmacien, porte-parole scientifique auprès du public

Acteurs de soins de premier recours et forts de leur formation pluridisciplinaire et scientifique, les pharmaciens jouent un rôle clé dans la prévention et l’information des patients, en particulier au sein des officines, des laboratoires de biologie médicale (LBM) et des pharmacies à usage intérieur (PUI) des établissements de santé.

Grâce au maillage territorial, cette disponibilité immédiate permet aux pharmaciens d’être les premiers interlocuteurs de santé et parfois même, les seuls professionnels accessibles localement. Ils sont en mesure d’expliquer, de vulgariser et de démystifier les informations médicales, en s’adaptant au niveau de connaissance et de littératie de leurs différents publics. En tant qu’acteurs de confiance, ils peuvent identifier des cas de dérive, de charlatanisme, d’informations non conformes aux recommandations, avec toujours comme objectif de servir l’intérêt du patient dans le respect du code de la santé publique (CSP), de la déontologie et des devoirs de leur profession.

L’Ordre, une autorité de contrôle, garante de la déontologie professionnelle et d’une information fiable

Le code de déontologie des pharmaciens impose notamment à tout pharmacien de ne diffuser que des informations scientifiquement étayées, de se garder de présenter comme des données acquises des hypothèses non encore confirmées, de réserver, dans sa communication, une part prépondérante aux messages de santé publique et de prêter son concours aux actions entreprises en ce sens par les autorités compétentes :

« Le pharmacien est libre de communiquer au public ou à des professionnels de santé, à des fins éducatives, sanitaires ou sociales, des informations scientifiquement étayées sur des questions relatives à son activité professionnelle ou à des enjeux de santé publique. Il formule ces informations avec tact et mesure, dans le respect des obligations déontologiques et se garde de présenter comme des données acquises des hypothèses non encore confirmées. » (Art. R. 4235-39 du CSP)

Pour faire respecter ces obligations, l’Ordre peut mener différentes actions : il peut engager des procédures disciplinaires et prononcer des sanctions à l’encontre de pharmaciens. Il peut se constituer partie civile, devant les juridictions pénales, afin de défendre les intérêts collectifs de la profession (pour en savoir plus), ou encore être à l’origine d’une procédure pénale. À titre d’exemple, en 2025, un pharmacien ayant affiché en vitrine des informations opposées à la vaccination contre le Covid-19 a fait l’objet d’une interdiction temporaire d’exercer la profession.

L’Ordre pleinement engagé contre la désinformation en santé

L’Ordre veille à la diffusion d’une information de référence, sourcée et actualisée, conforme aux recommandations des autorités de santé, à destination des pharmaciens comme du grand public.

Il déploie un dispositif d’information multicanal et relaye les informations et alertes sanitaires grâce au Dossier Pharmaceutique (DP). Le Cespharm, commission de l’Ordre chargée d’accompagner les pharmaciens dans leurs missions de prévention et d’éducation sanitaire, met aussi à leur disposition différents outils d’information et de communication dont « La minute santé publique », programme d’affichage numérique de santé publique relayant les messages des autorités sanitaires dans les pharmacies d’officine, LBM et au sein des PUI. L’impact de ces boucles vidéo de santé publique est bien réel :  77 % des pharmaciens qui les diffusent rapportent que leurs patients les interrogent sur les messages présentés (1). L’Ordre travaille dans ce cadre en étroite collaboration avec les institutions de santé (ministères, ANSM [2], Santé publique France, agences sanitaires…) et a signé, en novembre 2024, une convention avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) pour renforcer la lutte contre les dérives sectaires en santé.

Parole d’expert

Professeur Mathieu Molimard
Chef du service de pharmacologie médicale, CHU de Bordeaux

Citation

"Agir collectivement et de façon structurée"

« Nos travaux s’appuient sur une vaste concertation et sur la base d’une trame de questions destinées à permettre une libre expression de nos interlocuteurs. Nous avons le choix de ne citer aucun participant afin de favoriser une parole libre et sereine. Il ressort de ces échanges un matériau exceptionnellement dense, représentant plus de 800 pages de comptes rendus. La plupart constatent une hausse préoccupante de la désinformation en santé, alimentée par une littératie scientifique déficiente, un esprit critique insuffisant, la viralité numérique, la perte de repères scientifiques et la diffusion organisée de contenus trompeurs. Une idée principale revient dans l’ensemble de ces entretiens : seule une mobilisation collective et structurée permettra un meilleur accès à une information fiable. »

Quelques dispositifs à connaître

  • Baromètre national : fondé sur une enquête en ligne (2 000 répondants représentatifs du grand public), il est destiné à mesurer l’état de l’opinion sur la désinformation en santé.
  • Communautés en ligne. 70 participants, actifs en continu sur six mois, pour observer, dans la durée, les attitudes et pratiques de citoyens face à la désinformation en santé et tester des hypothèses de communication.
  • Comité citoyen. Trois sessions de concertation de 27 citoyens, pour formuler un avis quant au rôle des pouvoirs publics en matière de lutte contre la désinformation.
  • Dispositif d’infovigilance. Une communauté d’alliés, trois étapes clés : veille, détection et recueil, analyse du signalement et production de la réponse, outils de diffusion et riposte (le check-up sur TikTok et YouTubeshorts, l’espace Décryptage sur Sante.fr).

En pratique

Comment répondre à une fausse information ? 

Il est important de ne pas répondre directement et brutalement, en mettant en cause l’intégrité de l’interlocuteur. Il convient de diffuser la bonne information, d’indiquer les sources fiables et de valoriser les bienfaits attendus du conseil adapté en santé. Le site Sante.fr peut être proposé, de même que le dispositif d’infovigilance, appelé à soutenir le « debunkage (3) » de fausses informations.

Comment signaler des phénomènes récurrents ? 

La répétition des fausses informations, favorisée par la viralité des réseaux sociaux, accroît l’exposition du public aux risques de la désinformation. En cas de désinformation avérée ou récurrente, plusieurs voies sont envisageables :  il est possible de saisir l’Ordre, qui examinera toutes les situations qui lui seront soumises, de déposer plainte auprès de la justice ou de renseigner les communautés en ligne, mises en place par la stratégie nationale. L’Ordre portera une attention particulière aux situations impliquant des pharmaciens ou des professionnels de santé, envers qui les patients placent leur confiance (voir lien vers la page « Comment faire un signalement » sur le site de l’Ordre).

Quels outils mettre à disposition des patients ? 

Les ressources proposées par le Cespharm sur son site Internet cespharm.fr (affiches, brochures, vidéos…), élaborées, pour la plupart, par les autorités sanitaires, assurent de mettre à disposition des pharmaciens des informations fiables pour les patients, en adéquation avec les enjeux et les recommandations de santé publique.

Quelques sources d’information fiables  

Le site Sante.fr (rubrique Décryptage) propose des contenus de qualité, accessibles à tous, le canal Détox de l’Inserm offre un espace de décryptage contre les fausses informations, les organismes de santé (ANSM, Santé publique France…) sont également des sources à privilégier. 

Ne pas oublier les outils du dispositif d’information de l’Ordre, élaborés pour et avec les pharmaciens : sites de l’Ordre, lettre électronique hebdomadaire, revue Tous Pharmaciens, cahiers thématiques, réseaux sociaux… 

Et l’observatoire de la désinformation, mis en place par le ministère de la Santé, permettra de se tenir au courant des fausses informations en vogue.

Mot d'Ordre

Carine Wolf-Thal,
présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens

Photo portrait de Madame Carine Wolf Thal

"La désinformation en santé, entretenue et utilisée à diverses fins par des intérêts contraires à la santé publique, doit faire l’objet d’un combat organisé et structuré, avec des moyens adéquats. Les pharmaciens ont un rôle majeur à jouer : parce qu’ils ont la confiance du public et sont reconnus comme des experts de la science, leur parole compte. Tenus par leur code de déontologie de ne diffuser que des informations scientifiquement étayées, ils sont en première ligne pour contrer les fausses informations. L’Ordre est pleinement à leurs côtés pour les aider dans la promotion de la juste information en santé. Il examinera toutes les situations qui lui seront soumises, avec une vigilance accrue lorsque la désinformation émane de pharmaciens."

(1) Étude réalisée du 26 janvier au 9 février 2026 par ViaVoice sur un échantillon diversifié de 100 pharmaciens adhérents au programme « La minute santé publique ».

(2) Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

(3) Démonstration de la fausseté des informations.

En savoir plus :